dimanche 02 mars
Ventre maudit
Morte.
Un peu pour le moment
S'en va... pas vraiment joyeusement.
En chair et détour,
Absence.
Violence, en grandeur,
L'alcool au coin, détourne le mal.
L' Amour perdu ne cherche plus son chemin.
Et plus toxique encore.
Il ne sera pas.
lundi 07 janvier
Comme un cliché
Et de sentir et de mourir.
En peau, en absence, en tourment.
Sans soupir, sans sourire.
A reculons saisir l'intime.
Sans particule, sans reste, sans souvenir, les cendres sont absorbées par une terre trop hostile.
Il faut se perdre et disparaître.
Le bout du monde est au bout de mes doigts.
Le bout de ma vie est au bout des siens.
Commence et j'arrête.
La goutte de potion coupée au cyanure.
jeudi 11 octobre
Surtout pas
Il ronge et absorbe, en substance, souvent...
Les traits du jour sont loin et il faut plisser les yeux pour mieux voir.
S'approcher pour mieux sentir...
Sentir la vie qui palpite, le sourire, le sens caché, le réel, le présent encore.
Il crie mais ne se noie pas encore.
Il appelle et je me retourne, un peu.
Il lance un signe et je l'attrape... au vol, dans un sourire trop fragile encore.
L'ailleurs est ici, et là-bas aussi.
Substance. Ponctuation. Dégradation. Nuisance. Emotion.
jeudi 04 octobre
En mouvance

Et la pulsion. Intense et fragile.
Une respiration, dense et profonde.
Entaille sa main et délicates larmes.
Sentir vibrer sous la peau le contact sublimé.
[...]
mercredi 30 août
And I win...
Pont d’Austerlitz – 17 h 42
Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de rentrer chez vous lui avait-on dit. Ce n’était pas vraiment ce que Gabin aurait aimé entendre. Il aurait aimé qu’on le réconforte en lui disant que s’il restait au chevet de son frère pendant des jours ce dernier reviendrait à la vie. Il aurait voulu qu’on lui dise que c’était une erreur, qu’on n’avait pas identifié la bonne personne. Il aurait aimé qu’on lui dise « votre frère est réveillé, il vous demande. » Mais personne n’est venu à lui pour lui prodiguer les paroles attendues.
Gabin s’est alors jeté dans la ville comme s’il espérait qu’elle le guérisse. Il était encore tôt mais l’hiver recouvrait déjà la ville de son emprunte nocturne. Les lumières, les phares des voitures, les gens pressés sur les trottoirs, le bruit des moteurs, les vélos, les enfants ; le fond sonore paraissait démesuré. Gabin fut surpris par le rire de l’homme du kiosque à journaux. Un rire puissant qui le fractura quelque part. Quelqu’un riait sans savoir. Il n’avait jamais remarqué à quel point c’était violent une ville finalement. Comment pouvait-on se retrouver si seul au milieu de tant de gens et de mouvement ? C’était ça l’arme fatale de la grande ville. En arrivant à l’arrêt de bus il s’assit sur le petit banc en plastique. Il n’y avait étrangement personne qui attendait et c’était exactement ce qu’il lui fallait : un coin de solitude au milieu du reste. Il repensait à tout ce temps passé avec son frère, à jouer, à rire, à se battre. C’était tellement facile d’aimer Mathieu, depuis toujours. Ses pensées se perdaient dans des détails insignifiants pour le reste du monde quand il sentit quelqu’un s’asseoir près de lui. C’était une vieille dame à l’air mélancolique et Gabin ne pu s’empêcher de fixer l’énorme masse verte qui servait de chapeau à sa voisine.
Quai de la Rapée – 17 h 36
Louise aimait se promener en ville, n’importe où, à n’importe quelle heure. Elle était comme rassurée de voir du mouvement autour d’elle sans cesse. Et pour le mouvement, Paris avait toujours été un endroit magique. Les gens allaient, venaient, montaient dans des bus, descendaient dans les bouches du métro, s’engouffraient dans un taxi. Toute cette agitation était son rempart contre l’ennui, la solitude, et la mort même. On ne pense pas à mourir quand on s’agite.
Il n’était pas encore très tard mais Louise pensait à prendre le chemin du retour. Sa soupe l’attendait, un bon livre aussi si elle en avait le courage, et les heures de marche de la journée commençaient à se faire sentir un peu dans son vieux corps. Elle avait quand même traîné un long moment à Saint-michel, à marcher sur les quais et à regarder les vieilles cartes postales. Puis elle avait pris le métro pour aller boire un thé chez son amie Odette près de la gare de l’Est. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, elle finissait toujours ses journées ici, comme une vieille habitude. Plutôt comme une vieille solitude diraient certains. Louise n’habitait plus ce quartier depuis des années mais il était resté le sien, et en ces temps plus moroses, elle aimait retrouver ces coins de rue si souvent foulés. En se dirigeant vers l’arrêt de bus, elle replaça correctement son gros bonnet vert sur ses oreilles et plongea ses mains au chaud dans les poches de son manteau. Un jeune homme était déjà installé sur le petit banc de l’abribus mais il restait une place pour son corps frêle.
Bus 91 – 17h58
Gabin était assis juste devant Louise. En regardant la vitre il pouvait la voir, et il ne pouvait surtout pas manquer son grand chapeau qu’elle n’avait pas ôté. C’était un énorme amas de laine verte et à y regarder de plus près, il semblait bien que ce soit un bonnet et non un chapeau. Cette réflexion le troubla par sa banalité. Il arrivait finalement encore à penser à des choses dérisoires. Il entendit un reniflement. La dame avait du attraper froid. Toujours en l’observant dans la vitre il la vit porter un mouchoir à ses yeux. Elle semblait pleurer. En tournant la tête pour faire mine de regarder vaguement quelque chose à l’arrière, il aperçut en effet des larmes dans la peau craquelée de la vieille dame.
- Ça va ? murmura-t-il avec hésitation.
- Ça va, répondit Louise faiblement en forçant un sourire.
Gabin tenta de lui rendre son mince sourire et n’insista pas.
Louise descendit au terminus du bus et elle constata que le jeune homme en fit autant. Il avait été prévenant, mais qui pouvait encore comprendre une petite bonne femme comme elle, sans âge et d’une autre époque. Ce n’était qu’un petit coup de blues qu’elle n’avait pas su retenir, ça lui arrivait parfois sur le chemin du retour. Elle prit un petit temps pour s’asseoir sur un banc avant de rentrer. Des pigeons s’agitaient sur le petit bout de terre près du banc et Louise ferma les yeux un petit moment. C’était juste pour humer un peu l’air, pour penser un peu à une présence réconfortante, à toutes ces années passées. Lorsqu’on a plus que des souvenirs comme unique compagnie, on les chérie. Elle resta ainsi de longues minutes, et lorsqu’elle ouvrit enfin les yeux elle fit un petit bond en constatant que quelqu’un était assis près d’elle. C’était le garçon du bus.
Un banc à Paris – 18h34
Le silence n’était pas lourd, assez réconfortant même et personne ne semblait vouloir le briser. Gabin jouait avec une petite pièce qu’il faisait rouler entre ses doigts, tandis que Louise regardait dans le vague, un léger sourire sur les lèvres.
- Je m’appelle Gabin. Mon frère Mathieu est mort aujourd’hui. Un stupide accident de moto.
- C’est toujours stupide un accident mon garçon. Ils n’échangèrent plus un mot pendant quelques minutes mais le bruit de la ville se chargeait de combler ce silence.
- Vous savez Gabin, je ne suis pas une vieille folle, je sais que mon bonnet est très laid mais j’y tiens.
Cette réplique surpris Gabin et le fit sourire. Il se tourna vers la vieille dame. Elle semblait si sereine. Ils partagèrent alors leur premier regard.
- Il n’est pas laid, il est... original. Ils éclatèrent alors chacun d’un rire souple et libérateur. Une chose si futile, si légère, les amusait et c’était si agréable de le partager. Puis doucement le silence revint.
- Je m’appelle Louise.
jeudi 10 août
Cas d'absence
L’arrêt de bus était vide. Juste moi et le petit carnet dans ma poche. Le ciel s’éclairait doucement, juste ce qu’il faut pour ne plus voir la nuit mais se sentir encore à l’abri d’une nouvelle journée. Un souffle épouvanté s'est posé sur moi et a cru bon de me faire savoir qu'hier n'existait plus.
Je le sais, merci.
Les derniers instants me revenaient troubles, comme happés par un épais brouillard. J’essayais de revivre les détails, de retrouver les intonations de sa voix et les regards, mais mes souvenirs semblaient trop loin, trop fragiles. En jetant un œil sur les premiers passants je repensais à tout ce qui ne serait plus, à tout ce qui n’existerait plus ailleurs que quelque part en moi.
Je ressentais le petit carnet dans ma poche.
Une vieille femme est passée avec son chien sous le bras. J’ai senti son regard sur moi. Elle devait sans doute se dire que j’avais le teint trop pâle pour avoir dormi, que mes vêtements étaient trop froissés pour être propres et que j’avais le regard un peu perdu de quelqu’un que l’alcool a bercé un moment.
Elle avait raison.
J’avais été à la fête, j’avais souri à ces visages connus, j’avais bu à m’étourdir et j’avais ri pour trop de futilités. Les soirées d’été avaient ce pouvoir quasi magique d’éloigner la gravité et comme beaucoup d’autres, j’aimais ça.
Le ciel s’allumait rapidement et le nouveau jour se faisait de plus en plus présent.
J’ai sorti le petit carnet sans plus réfléchir, presque brutalement, et je l’ai ouvert. J’ai tourné les pages usées sans vraiment les lire. Je les connaissais par coeur. L'écriture me faisait encore mal.
C’était toujours la même page, chaque matin après ces nuits perdues. Je ne la cherchais presque pas. Je savais. Et je savais aussi ce que j’allais y trouver.
La plume était là, toute fine et encore douce, glissée entre deux pages, les mêmes depuis des années.
J'ai décidé, ce matin-là, de la laisser s'envoler.
dimanche 19 mars
De Lui.
Elle n'a / Je n'ai plus de secret.
J'ai révé de Lui cette nuit, évitant les éclats de ma voix, rejetant les sourires que je jetais dans le vide et me cherchant pourtant... 'pourtant', mot délicat et affreux qui laisse une part trop grande au reste.
Elle / Je a revécu violemment un souvenir, comme un boomerang ou quand un mot peut tout changer.
J'ai un secret.
C'est Lui.
Toujours.
Il est resté accroché quelque part un morceau de glace, de nous.
Tu m'as vue quand tu m'as déçue ?
Le froid est passé, le temps a froissé le mal, les écorchures ont suspendues leur vol depuis longtemps et pourtant, les questions survivent.
Ce qui nous construit.
Ce qui nous détruit.
Un tout. Un rien. Un manquement. Une caresse. Un dernier baiser donné dans un élan qui ne peut pas être autrement que vrai. Un regard. Un retour à nous.
Ce qui m'a construit.
Ce qui m'a détruit. Un peu.
Sa victoire n'est pas complète.
Il reste.
Lui.
lundi 28 novembre
En boucle
A caresser les toiles de nos joues
A trop se presser contre nos yeux
A trop penser à ton coeur
Toi et moi...
Laisser les couleurs se disperser
Eclater la divine mélodie de ta voix
Et superposer les envies !
Et faire imploser les sensations !
Imploser ?
Toi et moi...
Laisser les couleurs se dissiper
vendredi 25 novembre
Journal d'un trouble
Jour faible et fort.
Parce qu’il y a des jours comme ça, plus vaporeux peut-être je ne sais pas l’expliquer. Parce que c’est un jour ainsi, où je crois bien que mon cœur ne se remettra jamais à l’endroit. Ce qui existe n’a aucun chemin, aucune ligne de conduite, comme aucun début et aucune fin. Il est venu de nulle part, pour aller nulle part.
C’est oppressant.
Ne pas se tromper. Il a tout changé, il est le contraire de tout ce qui existe, il est imprégné d'un autre monde. Jour troublé. Là sans être vraiment là. J’ai envie de l’engloutir tout entier et en même temps la salive n’est pas assez.
Je ne suis pas moi.
Il a tout renversé et je suis seule de l’autre côté. Seule.
Je l’aime depuis le tout premier jour, jamais de la même façon, heureuse ou pas, malheureuse ou incompétente simplement. Je l’aime fébrilement, difficilement, douloureusement même.
samedi 08 octobre
C'est un peu le printemps...
...dans ma tête, dans mon reflet, dans mon sourire.
C'est un peu le printemps parce que ça pétille, quelque chose grésille en mon coeur.
Un petit peu de printemps parce que moins lourd, moins fort, moins électrique.
C'est un peu le printemps parce que l'apaisement se fait sentir, parce que la calme est mon chemin, que les couleurs m'arrosent, que le soleil empli malgré son absence, parce qu'il faut combler les jours qui nous sépare et que le temps n'est plus une blessure apparente.



















